
Judith Meisel
1929, Josvainiai (Josvani), Lituanie
Décrit l'arrivée au camp de Stutthof [Témoignage: 1990]
Je me souviens, quand je suis arrivée à Stutthof, la chose la plus horrible que j'ai
vue, c'était des chaussures, encore des chaussures, des lunettes et des chaussures. Ce
n'était qu'un énorme amas de chaussures, et je me souviens avoir demandé à ma mère,
"Qu'est-ce que c'est ?" et elle m'a répondu, "Frage nicht 'ne Frages" [Ne pose pas de
questions]. Je me rappelle de cette phrase en yiddish: "Ne pose pas de questions.
Pourquoi poses-tu autant de questions ? Je ne sais pas."
Et, à nouveau, nous devions assister à l'Appell [appel], et je me
souviens d'une femme, une femme très charpentée, avec les cheveux, je
m'en souviens, tirés en arrière en chignon, et elle marchait en tenant un
grand, comment dit-on ?... fouet, 'konuiszck,' un
fouet, et elle le faisait claquer en marchant et elle
disait, "Personne ne sort vivant d'ici. Vous courez tous à votre perte."
Et elle a également dit ça en polonais et en russe aussi,
etainsi nous pouvions comprendre parce que beaucoup d'entre nous
parlions le russe. Et puis on nous a emmené dans un endroit et
ils nous ont examinées. Je me souviens d'une main qui entrait dans mon vagin et
qui fouillait, et nous avons appris qu'ils cherchaient de l'or
et je n'oublierai jamais cette femme,
deux jours avant, à qui on avait enlevé les dents et le sang ruisselait
de sa bouche, on lui avait pris ses dents en or.
Et, je me souviens aussi avoir reçu une décharge, de là
à en connaître la raison, je l'ignore. Plus tard j'ai appris.
Quand on commence à se poser des questions,
j'ai compris pourquoi nous n'aurions plus nos règles.
Je me souviens, quand je suis arrivée à Stutthof, la chose la plus horrible que j'ai
vue, c'était des chaussures, encore des chaussures, des lunettes et des chaussures. Ce
n'était qu'un énorme amas de chaussures, et je me souviens avoir demandé à ma mère,
"Qu'est-ce que c'est ?" et elle m'a répondu, "Frage nicht 'ne Frages" [Ne pose pas de
questions]. Je me rappelle de cette phrase en yiddish: "Ne pose pas de questions.
Pourquoi poses-tu autant de questions ? Je ne sais pas."
Et, à nouveau, nous devions assister à l'Appell [appel], et je me
souviens d'une femme, une femme très charpentée, avec les cheveux, je
m'en souviens, tirés en arrière en chignon, et elle marchait en tenant un
grand, comment dit-on ?... fouet, 'konuiszck,' un
fouet, et elle le faisait claquer en marchant et elle
disait, "Personne ne sort vivant d'ici. Vous courez tous à votre perte."
Et elle a également dit ça en polonais et en russe aussi,
etainsi nous pouvions comprendre parce que beaucoup d'entre nous
parlions le russe. Et puis on nous a emmené dans un endroit et
ils nous ont examinées. Je me souviens d'une main qui entrait dans mon vagin et
qui fouillait, et nous avons appris qu'ils cherchaient de l'or
et je n'oublierai jamais cette femme,
deux jours avant, à qui on avait enlevé les dents et le sang ruisselait
de sa bouche, on lui avait pris ses dents en or.
Et, je me souviens aussi avoir reçu une décharge, de là
à en connaître la raison, je l'ignore. Plus tard j'ai appris.
Quand on commence à se poser des questions,
j'ai compris pourquoi nous n'aurions plus nos règles.
A la mort de son père, Judith et sa famille allèrent s'installer à Kovno. Bientôt, elles furent confinées dans le ghetto de Kovno que les Allemands avaient établi en août 1941. Judith, sa soeur et sa mère furent déportées à Stutthof, où sa mère mourut. Judith et sa soeur s'échappèrent lors d'une marche vers la mort hors de Stutthof. Elles se firent passer pour non juives et trouvèrent du travail dans une ferme puis se réfugièrent au Danemark. Leur frère survécut à Dachau.
US Holocaust Memorial Museum - Collections