
David (Dudi) Bergman
1931, Velikiye-Bychkov, Tchécoslovaquie
Décrit l'incident de "l'infraction" à l'appel à Reichenbach, un camp annexe de Gross-Rosen [Témoignage: 1990]
Pendant l'appel, il y avait une règle, on n'était pas censés faire
un seul mouvement. Rien. Et c'était très curieux et je levais les yeux
pour voir d'où ce bruit pouvait provenir et je vis des
bombardiers américains survoler la zone dans le cadre d'une mission de destruction
de l'Allemagne. Et je regardais le ciel avec envie, m'imaginant être l'un de ces
avions, rêvant de liberté, quand soudain j'ai entendu un
cri strident juste devant moi, et que tout le camp a pu
entendre. Un commandant Nazi [qui] m'avait vu regarder en l'air.
Et "Du! Schweinhund," pourquoi avais-je désobéi à ses ordres ? Et il tenait un
gros bâton dans la main. Et il avait l'habitude suivante, si quelqu'un désobéissait
à l'un de ses ordres, il lui demandait tout d'abord, "Pourquoi as-tu fait ça ?"
ou "Pourquoi as-tu désobéi ?" Et dès que la personne répondait,
vlan, il lui en donnait un coup. Et quelquefois, sa victime était frappée
si violemment qu'elle ne pouvait plus retourner travailler, ou alors, il
l'achevait. A présent, c'était mon tour. "Pourquoi as-tu désobéi ?" Et une
petite voix en moi, celle qui, à Auschwitz, m'avait dit de ne rien dire,
de me tenir tranquille, me disait la même chose ici. Elle disait, "Ne
réponds pas. Ne dis rien." Et je le regardais droit dans
les yeux. Il attendait ma réponse et il devenait
très impatient. Devant tout le camp réuni, voilà un
petit Juif, debout, qui ne faisait pas ce qu'il lui demandait. Et cette
petite voix à l'intérieur qui disait, "Ne réponds pas. Ne dis rien."
Il a dit, "Je sais pourquoi tu as levé les yeux." Il a dit, "Tu
t'imaginais être l'un de ces avions, n'est-ce pas ? Tu imaginais être
libre," dit-il, dit-il en allemand. Et j'ai continué à le regarder
droit dans les yeux. Il a dit, "Eh bien, j'ai des nouvelles pour toi.
Tu ne seras plus jamais libre. Tu ne sortiras jamais
vivant d'ici." Et je l'ai regardé droit dans les yeux, et
j'ai dit, "Un jour" -- il ne pouvait même pas voir mes lèvres bouger, je lui ai juste
répondu -- "Un jour, je serai à nouveau libre. Et un jour, je verrai
ton pays détruit pour tout ce que tu as fait. " C'est
ce que je pensais. Et il m'a regardé, il m'attendait
et voilà. Je me donnais du courage car j'attendais qu'il le
fasse et je me tenais là, droit, sans rien dire.
Et il attendait, et attendait toujours. Et en un sens, il s'est rendu compte que je
n'allais pas lui répondre. Et il n'était pas en situation de frapper
quelqu'un qui ne répondait pas, et il s'est éloigné, d'un air dégoûté.
Pendant l'appel, il y avait une règle, on n'était pas censés faire
un seul mouvement. Rien. Et c'était très curieux et je levais les yeux
pour voir d'où ce bruit pouvait provenir et je vis des
bombardiers américains survoler la zone dans le cadre d'une mission de destruction
de l'Allemagne. Et je regardais le ciel avec envie, m'imaginant être l'un de ces
avions, rêvant de liberté, quand soudain j'ai entendu un
cri strident juste devant moi, et que tout le camp a pu
entendre. Un commandant Nazi [qui] m'avait vu regarder en l'air.
Et "Du! Schweinhund," pourquoi avais-je désobéi à ses ordres ? Et il tenait un
gros bâton dans la main. Et il avait l'habitude suivante, si quelqu'un désobéissait
à l'un de ses ordres, il lui demandait tout d'abord, "Pourquoi as-tu fait ça ?"
ou "Pourquoi as-tu désobéi ?" Et dès que la personne répondait,
vlan, il lui en donnait un coup. Et quelquefois, sa victime était frappée
si violemment qu'elle ne pouvait plus retourner travailler, ou alors, il
l'achevait. A présent, c'était mon tour. "Pourquoi as-tu désobéi ?" Et une
petite voix en moi, celle qui, à Auschwitz, m'avait dit de ne rien dire,
de me tenir tranquille, me disait la même chose ici. Elle disait, "Ne
réponds pas. Ne dis rien." Et je le regardais droit dans
les yeux. Il attendait ma réponse et il devenait
très impatient. Devant tout le camp réuni, voilà un
petit Juif, debout, qui ne faisait pas ce qu'il lui demandait. Et cette
petite voix à l'intérieur qui disait, "Ne réponds pas. Ne dis rien."
Il a dit, "Je sais pourquoi tu as levé les yeux." Il a dit, "Tu
t'imaginais être l'un de ces avions, n'est-ce pas ? Tu imaginais être
libre," dit-il, dit-il en allemand. Et j'ai continué à le regarder
droit dans les yeux. Il a dit, "Eh bien, j'ai des nouvelles pour toi.
Tu ne seras plus jamais libre. Tu ne sortiras jamais
vivant d'ici." Et je l'ai regardé droit dans les yeux, et
j'ai dit, "Un jour" -- il ne pouvait même pas voir mes lèvres bouger, je lui ai juste
répondu -- "Un jour, je serai à nouveau libre. Et un jour, je verrai
ton pays détruit pour tout ce que tu as fait. " C'est
ce que je pensais. Et il m'a regardé, il m'attendait
et voilà. Je me donnais du courage car j'attendais qu'il le
fasse et je me tenais là, droit, sans rien dire.
Et il attendait, et attendait toujours. Et en un sens, il s'est rendu compte que je
n'allais pas lui répondre. Et il n'était pas en situation de frapper
quelqu'un qui ne répondait pas, et il s'est éloigné, d'un air dégoûté.
Les Allemands occupèrent la ville de David, précédemment annexée par la Hongrie, en 1944. David fut déporté à Auschwitz et, avec son père, transféré à Plaszow. David fut envoyé dans le camp de Gross-Rosen et à Reichenbach (Langenbielau). Il fit partie des trois seuls survivants sur les cent cinquante personnes convoyées dans des wagons à bestiaux vers Dachau. Il fut libéré après une marche vers la mort au départ d'Innsbruck vers la ligne de front du combat qui opposait les troupes américaines aux troupes allemandes.
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