
Renee Schwalb Fritz
1937, Vienne, Autriche
Décrit son séjour d'enfant juif dans un couvent catholique [Témoignage: 1989]
On m'avait placée dans un couvent qui se trouvait également en
Belgique, et un homme était venu me chercher, un homme que je n'avais jamais
vu auparavant. Cela m'a quelque peu effrayée. Et, en chemin, il m'a expliqué
que la raison de tout ce qui se passait était que
j'étais juive, ce qui, évidemment, ne signifiait rien pour moi. J'étais
bien trop jeune pour comprendre ce que signifiait être "juive." Mais je partais
vivre dans une école. Et quand j'y suis arrivée, j'ai
vu des nonnes, ce qui m'a effrayée parce qu'en Europe, bien sûr,
plus maintenant mais autrefois, les nonnes étaient en habit et il régnait un ordre
très strict. Et il m'a présentée à la Mère Supérieure, et la Mère
Supérieure a essayé de m'expliquer ce qu'elle pensait que j'allais pouvoir
comprendre, que j'allais rester dans l'école et que j'allais
y vivre avec d'autres enfants pendant la journée.
Mais ces enfants partaient en fin de journée, et les nonnes
s'occupaient de moi. On m'a également dit que j'allais
apprendre la religion et que je m'appellerais désormais
Suzanne LeDent, et que ce nom serait le seul
auquel je devrais répondre. J'ai dû oublier mon autre nom, il n'y avait plus
de nom comme celui-là, parce que j'allais devenir quelque chose de radicalement nouveau
et je devais simplement suivre ces règles. Alors je l'ai fait. Et elle m'a remis
quelques médailles et, avec une épingle à nourrice, elle m'a dit qu'à chaque fois
que je me souviendrais de ce que représentait chacune des médailles, j'en aurais une nouvelle.
Et je l'ai fait. J'ai commencé à mémoriser différentes prières pour avoir ces médailles
et elle m'a donné un rosaire et m'a appris comment m'en servir et
la vie a continué pendant quelque temps. Oh, je pense que le plus effrayant dans
toute cette expérience, c'était le soir, parce qu'on m'emmenait dans ce qui avair l'air
d'un dortoir avec des kilomètres et des kilomètres de couloirs
et quelques séparations, et l'on m'a installée dans l'une
de ces séparations ; il y avait un lit, un lavabo, et un énorme crucifix,
l'une des nonnes était responsable, et on me laissait dans
ce dortoir la nuit. C'était assez effrayant. Je
disais juste mes prières.
On m'avait placée dans un couvent qui se trouvait également en
Belgique, et un homme était venu me chercher, un homme que je n'avais jamais
vu auparavant. Cela m'a quelque peu effrayée. Et, en chemin, il m'a expliqué
que la raison de tout ce qui se passait était que
j'étais juive, ce qui, évidemment, ne signifiait rien pour moi. J'étais
bien trop jeune pour comprendre ce que signifiait être "juive." Mais je partais
vivre dans une école. Et quand j'y suis arrivée, j'ai
vu des nonnes, ce qui m'a effrayée parce qu'en Europe, bien sûr,
plus maintenant mais autrefois, les nonnes étaient en habit et il régnait un ordre
très strict. Et il m'a présentée à la Mère Supérieure, et la Mère
Supérieure a essayé de m'expliquer ce qu'elle pensait que j'allais pouvoir
comprendre, que j'allais rester dans l'école et que j'allais
y vivre avec d'autres enfants pendant la journée.
Mais ces enfants partaient en fin de journée, et les nonnes
s'occupaient de moi. On m'a également dit que j'allais
apprendre la religion et que je m'appellerais désormais
Suzanne LeDent, et que ce nom serait le seul
auquel je devrais répondre. J'ai dû oublier mon autre nom, il n'y avait plus
de nom comme celui-là, parce que j'allais devenir quelque chose de radicalement nouveau
et je devais simplement suivre ces règles. Alors je l'ai fait. Et elle m'a remis
quelques médailles et, avec une épingle à nourrice, elle m'a dit qu'à chaque fois
que je me souviendrais de ce que représentait chacune des médailles, j'en aurais une nouvelle.
Et je l'ai fait. J'ai commencé à mémoriser différentes prières pour avoir ces médailles
et elle m'a donné un rosaire et m'a appris comment m'en servir et
la vie a continué pendant quelque temps. Oh, je pense que le plus effrayant dans
toute cette expérience, c'était le soir, parce qu'on m'emmenait dans ce qui avair l'air
d'un dortoir avec des kilomètres et des kilomètres de couloirs
et quelques séparations, et l'on m'a installée dans l'une
de ces séparations ; il y avait un lit, un lavabo, et un énorme crucifix,
l'une des nonnes était responsable, et on me laissait dans
ce dortoir la nuit. C'était assez effrayant. Je
disais juste mes prières.
Le père de Renée partit pour les Etats-Unis en 1939. Avant que Renée et sa mère puissent le rejoindre, elles durent fuir vers la Belgique pour échapper à la répression contre les Juifs en Autriche. Les Allemands occupèrent la Belgique en 1940. Renée fut cachée dans un couvent où elle resta deux ans, jusqu'à ce que les Allemands deviennent soupçonneux. La résistance emmena Renée dans la ferme d'une famille protestante puis dans un orphelinat. Après la guerre, elle retrouva sa mère, qui avait survécu à Auschwitz. Cinq ans plus tard, elles rejoignirent le père de Renée aux Etats-Unis.
US Holocaust Memorial Museum - Collections