
Johanna Gerechter Neumann
1930, Hambourg, Allemagne
Décrit les mesures anti-juives à Hambourg, en Allemagne [Témoignage: 1990]
...cela s'est passé en août 1938, le gouvernement avait fait passer un décret
selon lequel tous les Juifs, hommes et femmes, devaient porter un nom
juif. Et il fallait ajouter un second
prénom. Alors, toutes les femmes devinrent Sara et tous les hommes devinrent Israël. Alors, désormais
je m'appellerais Johanna Jutta Sara Gerechter et ma mère Alice
Sara Gerechter et mon père Siegbert Israël Gerechter. Et c'est
intéressant, ce n'est que récemment que je me suis rendue compte que même les
gens, mon propre fils et ma belle-fille entre autres, n'avaient jamais entendu parler de cette loi
qui pouvait obliger quelqu'un à ajouter un prénom à son propre nom. Et comment s'est-il
fait que les gens ne se soient pas suffisamment méfiés pour tout
abandonner et partir d'Allemagne, mais ils ne l'ont pas fait ? Je crois que c'était
une question légitime de la part de ma belle-fille. Mais ils ne
l'ont pas fait. Mon père avançait qu'il avait été officier supérieur
pendant la Première Guerre Mondiale. Il avait reçu la Croix de Fer. Il l'avait reçue en 1935,
une croix donnée par Hitler à tous les combattants du front,
c'est-à-dire ceux qui avaient passé les quatre ans de la Première Guerre Mondiale
sur la ligne de front, comment ces mêmes hommes pouvaient-ils aujourd'hui lui refuser
son existence ou sa manière de vivre et le jeter dehors ? Je veux dire, c'était
quelque chose d'impensable.
...cela s'est passé en août 1938, le gouvernement avait fait passer un décret
selon lequel tous les Juifs, hommes et femmes, devaient porter un nom
juif. Et il fallait ajouter un second
prénom. Alors, toutes les femmes devinrent Sara et tous les hommes devinrent Israël. Alors, désormais
je m'appellerais Johanna Jutta Sara Gerechter et ma mère Alice
Sara Gerechter et mon père Siegbert Israël Gerechter. Et c'est
intéressant, ce n'est que récemment que je me suis rendue compte que même les
gens, mon propre fils et ma belle-fille entre autres, n'avaient jamais entendu parler de cette loi
qui pouvait obliger quelqu'un à ajouter un prénom à son propre nom. Et comment s'est-il
fait que les gens ne se soient pas suffisamment méfiés pour tout
abandonner et partir d'Allemagne, mais ils ne l'ont pas fait ? Je crois que c'était
une question légitime de la part de ma belle-fille. Mais ils ne
l'ont pas fait. Mon père avançait qu'il avait été officier supérieur
pendant la Première Guerre Mondiale. Il avait reçu la Croix de Fer. Il l'avait reçue en 1935,
une croix donnée par Hitler à tous les combattants du front,
c'est-à-dire ceux qui avaient passé les quatre ans de la Première Guerre Mondiale
sur la ligne de front, comment ces mêmes hommes pouvaient-ils aujourd'hui lui refuser
son existence ou sa manière de vivre et le jeter dehors ? Je veux dire, c'était
quelque chose d'impensable.
Prise en tenailles entre les mesures anti-juives de plus en plus strictes et le pogrom de la Nuit de Cristal de 1938, la famille de Johanna décida de quitter l'Allemagne. Elle obtint des visas pour l'Albanie, passa par l'Italie et partit en bateau en 1939. Tous restèrent en Albanie alors sous occupation italienne et, après que l'Italie se soit rendue en 1943, sous occupation allemande. La famille fut libérée après un combat qui opposa les Allemands et les partisans albanais en décembre 1944.
US Holocaust Memorial Museum - Collections
La législation antisémite dans l'Allemagne d'avant-guerre »