
Doriane Kurz
1936, Vienne, Autriche
Décrit les rations alimentaires et les conditions de vie à Bergen-Belsen [Témoignage: 1990]
Nous passions la plupart de notre temps, Freddie et moi, à parler
de nourriture parce que nous n'avions pas grand chose à manger et que
nous avions faim tout le temps, presque tout le temps. Je ne
me souviens pas de ça à Westerbork. Nous devions certainement avoir assez à manger
là-bas, mais à Belsen, les rations étaient composées
de trois-quarts de litre de soupe aqueuse fabriquée à partir d'une sorte
de navet, cuit à l'eau. C'était très liquide. Et une tranche
de pain de trois centimètres et demi d'épaisseur par jour et il y avait une
espèce d'ersatz de café parce que je me souviens qu'il y avait des
gens qui travaillaient en cuisine et qui venaient avec ces
espèces de bouteilles de lait avec une
poignée, une de chaque côté, et je me souviens qu'ils portaient cette chose
lourde, qu'ils passaient tous les deux de chaque côté des couloirs en portant cette chose. Et
nous avions tous des tasses et on avait nos objets propres, et
on les cachait aussi dans nos lits. Tout était caché dans nos
lits, nos vêtements étaient cachés dans nos lits, et nos
couverts et tout ce qu'on possédait était caché dans nos lits, même
cette espèce de pot de chambre... les gens souffraient de dysenterie et
on ne pouvait pas courir dehors la nuit et se rendre aux toilettes alors on
devait avoir quelque chose pour ça, et tout était dans le lit, et on partageait
notre lit à deux et dans notre cas, je suppose que, mon
frère étant un garçon, ma mère partageait sa couchette avec lui et, comme
j'étais une fille, je partageais la mienne avec une autre femme.
Nous passions la plupart de notre temps, Freddie et moi, à parler
de nourriture parce que nous n'avions pas grand chose à manger et que
nous avions faim tout le temps, presque tout le temps. Je ne
me souviens pas de ça à Westerbork. Nous devions certainement avoir assez à manger
là-bas, mais à Belsen, les rations étaient composées
de trois-quarts de litre de soupe aqueuse fabriquée à partir d'une sorte
de navet, cuit à l'eau. C'était très liquide. Et une tranche
de pain de trois centimètres et demi d'épaisseur par jour et il y avait une
espèce d'ersatz de café parce que je me souviens qu'il y avait des
gens qui travaillaient en cuisine et qui venaient avec ces
espèces de bouteilles de lait avec une
poignée, une de chaque côté, et je me souviens qu'ils portaient cette chose
lourde, qu'ils passaient tous les deux de chaque côté des couloirs en portant cette chose. Et
nous avions tous des tasses et on avait nos objets propres, et
on les cachait aussi dans nos lits. Tout était caché dans nos
lits, nos vêtements étaient cachés dans nos lits, et nos
couverts et tout ce qu'on possédait était caché dans nos lits, même
cette espèce de pot de chambre... les gens souffraient de dysenterie et
on ne pouvait pas courir dehors la nuit et se rendre aux toilettes alors on
devait avoir quelque chose pour ça, et tout était dans le lit, et on partageait
notre lit à deux et dans notre cas, je suppose que, mon
frère étant un garçon, ma mère partageait sa couchette avec lui et, comme
j'étais une fille, je partageais la mienne avec une autre femme.
La famille juive de Doriane partit pour Amsterdam en 1940, année qui connut également l'occupation allemande des Pays-Bas. Son père mourut après avoir été déporté à Auschwitz. Après la capture de sa mère, Doriane et son frère se cachèrent chez des opposants. Ils furent tous trois réunis à Bergen-Belsen, où ils furent déportés via Westerbork. Ils furent libérés pendant l'évacuation du camp en 1945. La mère de Doriane mourut d'un cancer peu après que Doriane l'eut aidée à guérir du typhus. Doriane et son frère émigrèrent aux Etats-Unis.
US Holocaust Memorial Museum - Collections