
Bart Stern
1926, Hongrie
Décrit la déportation vers Auschwitz [Témoignage: 1992]
On nous a entassés dans des wagons de chemin de fer, des wagons à bestiaux en fait. Mais l'incroyable, ce dont je me rappelle encore, c'est que sur le chemin, pendant qu'on nous conduisait, que les gendarmes hongrois emmenaient leur troupeau, nous chantions des chansons d'espérance. Je ne sais pas exactement comment en traduire les paroles mais je sais où, dans quelle partie des Psaumes elles se trouvent. Et nous pensions être déjà suffisamment nombreux dedans [dans le wagon à bestiaux]. Nous étions cinquante ou soixante. Vingt de plus, trente de plus, dans ce petit wagon à bestiaux, qui devait faire le tiers d'un wagon de chemin de fer américain, nous étions peut-être cent vingt, cent quarante. Et avant même que nous nous en soyons rendus compte, quiconque n'était pas parvenu à rejoindre sa famille en était tout simplement séparé, ils claquaient les portes, et ceux qui étaient restés dehors, ils devaient combler la mince ouverture du toit du wagon avec des barbelés. Ces wagons servaient généralement au transport de bétail ou de grains. Dans le wagon, la situation empirait de minute en minute. Les gens cherchaient un endroit où installer les plus anciens où s'asseoir. Il n'y avait pas de place pour s'asseoir parce que, si on s'asseyait, on ne pouvait plus se relever tellement les gens étaient entassés, serrés comme des sardines dans leur boîte. Le voyage a en fait duré -- mardi, mercredi, jeudi -- trois nuits et presque trois jours. Si quelqu'un avait quelque chose à manger -- parce que dans les ghettos nous avions déjà consommé presque tout ce que nous étions parvenus à emporter avec nous lorsque nous sommes partis pour le ghetto -- il devait le partager avec les autres. Mais nous nous sommes rendus compte que ce n'était pas un voyage de quelques heures. Les gens gardaient tout pour eux et ne pouvaient plus partager aussi généreusement avec les autres. Alors, soudain, nous avons observé les gens se soulager dans le wagon, et l'odeur est devenue plus infecte de minute en minute.
On nous a entassés dans des wagons de chemin de fer, des wagons à bestiaux en fait. Mais l'incroyable, ce dont je me rappelle encore, c'est que sur le chemin, pendant qu'on nous conduisait, que les gendarmes hongrois emmenaient leur troupeau, nous chantions des chansons d'espérance. Je ne sais pas exactement comment en traduire les paroles mais je sais où, dans quelle partie des Psaumes elles se trouvent. Et nous pensions être déjà suffisamment nombreux dedans [dans le wagon à bestiaux]. Nous étions cinquante ou soixante. Vingt de plus, trente de plus, dans ce petit wagon à bestiaux, qui devait faire le tiers d'un wagon de chemin de fer américain, nous étions peut-être cent vingt, cent quarante. Et avant même que nous nous en soyons rendus compte, quiconque n'était pas parvenu à rejoindre sa famille en était tout simplement séparé, ils claquaient les portes, et ceux qui étaient restés dehors, ils devaient combler la mince ouverture du toit du wagon avec des barbelés. Ces wagons servaient généralement au transport de bétail ou de grains. Dans le wagon, la situation empirait de minute en minute. Les gens cherchaient un endroit où installer les plus anciens où s'asseoir. Il n'y avait pas de place pour s'asseoir parce que, si on s'asseyait, on ne pouvait plus se relever tellement les gens étaient entassés, serrés comme des sardines dans leur boîte. Le voyage a en fait duré -- mardi, mercredi, jeudi -- trois nuits et presque trois jours. Si quelqu'un avait quelque chose à manger -- parce que dans les ghettos nous avions déjà consommé presque tout ce que nous étions parvenus à emporter avec nous lorsque nous sommes partis pour le ghetto -- il devait le partager avec les autres. Mais nous nous sommes rendus compte que ce n'était pas un voyage de quelques heures. Les gens gardaient tout pour eux et ne pouvaient plus partager aussi généreusement avec les autres. Alors, soudain, nous avons observé les gens se soulager dans le wagon, et l'odeur est devenue plus infecte de minute en minute.
A la suite de l'occupation allemande de la Hongrie en mars 1944, Bart fut contraint de s'installer dans le ghetto qui avait été établi dans sa ville. De mai à juillet 1944, les Allemands déportèrent des Juifs de Hongrie vers le camp d'extermination d'Auschwitz, dans la Pologne occupée. Bart fut déporté par wagon à bestiaux à Auschwitz. Là-bas, on l'envoya aux travaux forcés, à forer et creuser dans une mine de charbon. A mesure que les forces soviétiques avançaient vers le camp d'Auschwitz en janvier 1945, les Allemands contraignirent la plupart des prisonniers à engager une marche vers la mort hors du camp. Avec un certain nombre de prisonniers malades qui se trouvaient à l'infirmerie du camp, Bart fut l'un des quelques détenus à rester au camp au moment de la libération. Il survécut en se cachant dans le camp, après que de nombreux prisonniers aient participé à une marche vers la mort en janvier 1945.
US Holocaust Memorial Museum - Collections