United States Holocaust Memorial Museum The Power of Truth: 20 Years
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Encyclopédie multimédia de la Shoah

 

 

 

Eduard Schulte

Le dirigeant juif britannique Sidney Silverman transmit au dirigeant juif américain Stephen Wise cette copie d’un câble envoyé par Gerhart Riegner, représentant du Congrès juif mondial à Genève. Riegner avait envoyé par l’intermédiaire de leurs gouvernements respectifs deux câbles avertissant Silverman et Wise des plans nazis pour exterminer les Juifs d’Europe. Le département d’Etat américain retarda la remise du câble de Riegner à Wise, qui avait initialement reçu cette version. Etats-Unis, 29 août 1942.

Le dirigeant juif britannique Sidney Silverman transmit au dirigeant juif américain Stephen Wise cette copie d’un câble envoyé par Gerhart Riegner, représentant du Congrès juif mondial à Genève. Riegner avait envoyé par l’intermédiaire de leurs gouvernements respectifs deux câbles avertissant Silverman et Wise des plans nazis pour exterminer les Juifs d’Europe. Le département d’Etat américain retarda la remise du câble de Riegner à Wise, qui avait initialement reçu cette version. Etats-Unis, 29 août 1942.

— The Jacob Rader Marcus Center of the American Jewish Archives

Eduard Schulte (1891-1966) fut un grand industriel anti-nazi qui fit passer à l'ouest le premier rapport indiquant que les Nazis avaient l'intention d'exterminer tous les Juifs d'Europe.

Schulte naquit à Düsseldorf dans une famille conservatrice, de la classe moyenne supérieure. En 1925, il était devenu le directeur général d'un conglomérat diversifié qui avait des liens avec des entreprises polonaises, suisses et américaines. Siégeant à Breslau, son groupe était le plus grand producteur de zinc en Europe. En raison de l'importance de ce métal pour l'économie allemande, le régime nazi aida l'entreprise à s'agrandir en 1933, pour diminuer la dépendance du pays par rapport aux importations.

Schulte, l'un des plus importants industriels du Reich, avait de fréquents contacts avec les dignitaires du régime et les officiers supérieurs de l'armée, tout comme d'autres industriels qui avaient accès à d'importantes informations. De plus, son adjoint, Otto Fitzner, avait rejoint le parti nazi avant qu'Hitler n'accède au pouvoir. Il grimpa rapidement les échelons du parti car fiable sur le plan politique et techniquement compétent. Bientôt, Fitzner fut nommé à toute une série de postes gouvernementaux de haut rang. Occupant aussi des fonctions de conseiller, il devint l'ami proche de Karl Hanke, le chef de district du parti nazi. Fitzner continua à travailler dans l'entreprise de Schulte et devint sans le savoir une source inestimable d'informations sensibles. Schulte était indépendant, d'un caractère fort et sentait que les Nazis menaient la nation vers une guerre désastreuse et l'auto-destruction.

Dès que la guerre éclata, Schulte décida de passer des informations aux Alliés dans l'espoir que cela accélère la défaite de Hitler. Se rendant souvent en Suisse, il fut un informateur pour les services de renseignements suisse et polonais, qui étaient eux-mêmes en contact avec les services de renseignement anglais et américains. Cependant, sa plus grande contribution n'allait pourtant pas avoir grand-chose à voir avec le déroulement de la guerre.

A la fin juillet 1942, Schulte annonça à son associé à Zurich, Isidor Koppelmann, qu'il avait eu connaissance du fait que le régime nazi avait l'intention d'exterminer tous les Juifs d'Europe, probablement avec de l'acide prussique (gaz toxique qui fut en fait utilisé au camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau). Schulte voulait communiquer cette information aux grandes organisations juives aux Etats-Unis et aux gouvernements alliés, en espérant qu'ils pourraient prévenir ce massacre.

Koppelmann contacta Benjamin Sagalowitz qui dirigeait le bureau d'information des communautés juives de Suisse. Sagalowitz entra rapidement en contact avec Gerhart Riegner, le représentant du Congrès juif mondial à Genève. Le 8 août 1942, Riegner présenta son rapport aux légations britannique et américaine de Genève. La communication par télégramme n'étant pas possible pour des personnes privées, Riegner demanda que l'on fasse suivre l'information par voie diplomatique aux gouvernements respectifs et au rabbin Stephen Wise, président du Congrès juif mondial, basé à New York. Les télégrammes arrivèrent en retard et avec certaines difficultés.

Riegner n'apprit que plus tard l'identité de Schulte. Il trahit sa demande d'anonymat qu'à une seule occasion. En octobre 1942, le chef de la légation américaine en Suisse, Leland Harrison, insista en lui disant qu'il lui fallait avoir le nom de sa source pour pouvoir le dire à ses supérieurs à Washington et prouver ainsi que la source était fiable. Riegner lui communiqua à regret le nom de Schulte dans une annexe à son résumé sur la persécution des Juifs en Europe.

Schulte continua à se rendre en Suisse, amenant avec lui d'importants renseignements militaires et économiques. Avec l'arrivée d'Allen Dulles en novembre 1942, les Etats-Unis fondèrent un Bureau des Services stratégiques (précurseur de la CIA) en Suisse. Schulte et Dulles établirent le contact en mai 1943. Dès leur première rencontre, Dulles demanda à Schulte de lui préparer un document indiquant l'état actuel des choses en Allemagne et de formuler des recommandations concernant la reconstruction du pays, après la guerre. D'autres contacts suivirent, durant lesquels Schulte fournit des informations d'une valeur inestimable.

Début décembre 1943, Schulte apprit par des amis travaillant dans les services allemands de renseignements qu'il était devenu l'objet d'une enquête de la Gestapo (police secrète d'Etat) et que son arrestation était imminente. Il s'enfuit en Suisse. Il demeura à Zurich jusqu'à la fin de la guerre, travaillant avec Dulles et un petit groupe d'anti-nazis pour réunir et analyser les données obtenues.

Après la guerre, Schulte travailla pour un temps assez court avec les autorités américaines d'occupation à Berlin dans l'espoir de se voir offrir un rôle important dans la reconstruction de l'Allemagne. Il ne l'obtint pas, malgré le soutien de Dulles et les recommandations de divers pays qu'il avait pendant la guerre. Schulte démissionna et retourna en Suisse où il resta jusqu'à sa mort en janvier 1966.

La source de l'information du célèbre télégramme de Riegner resta secrète jusqu'à ce qu'elle soit découverte par des historiens dans les années 1980.

 

Copyright © United States Holocaust Memorial Museum, Washington, DC
Translation Copyright © Mémorial de la Shoah, Paris, France