

Le père Charles Coughlin, chef du front chrétien antisémite, donne une émission de radio. Detroit, Etats-Unis, 11 mars 1935.
US Holocaust Memorial Museum
Charles E. Coughlin (1891-1979) était un prêtre catholique américain qui devint une figure populaire de la radio dans les années 1930. Coughlin officia au Temple de la petite fleur à Royal Oak, dans le Michigan, de 1926 à 1966, date à laquelle il prit sa retraite.
Pendant la première année de l'administration du président Franklin D. Roosevelt, Coughlin apporta son soutien au pouvoir démocrate, mais rompit avec lui peu de temps après. Pendant les années 1930, Coughlin utilisa son émission de radio hebdomadaire, très écoutée - elle rassemblait en moyenne 3,5 millions d'auditeurs - et son magazine, Social Justice, pour diffuser ses idées et attaquer ses ennemis. A partir de 1934, parmi les cibles de Coughlin, on compta Roosevelt, ainsi que des institutions et des dirigeants juifs, tous qualifiés de communistes.
Coughlin, populiste de droite, prônait une forme de corporatisme influencée par le fascisme italien. En 1934, Coughlin créa l'Union nationale pour la justice sociale par le biais de laquelle il expliquait que ni le capitalisme ni la démocratie n'avaient d'avenir en Amérique. En 1938, l'Union nationale se transforma en "Front chrétien", encore plus enthousiasme dans son soutien au fascisme. Le Front fit office d'organe de propagande des Nazis. Par la suite, alors que la guerre était imminente en Europe, Coughlin soutint l'isolationnisme - c'est-à-dire le repli des Etats-Unis et son refus d'intervenir à l'étranger -, accusant les financiers juifs d'être secrètement à l'origine des efforts faits pour impliquer les Etats-Unis dans la guerre.
Coughlin croyait en l'existence d'une conspiration juive mondiale. En 1938, son magazine Social Justice publia sous forme de série les très controversés Protocoles des sages de Sion, à l'authenticité duquel croyait Coughlin. Ce faux document tsariste se présentait comme le compte-rendu d'une conférence de dirigeants juifs complotant pour prendre le contrôle du monde.
Coughlin utilisa comme leitmotiv le thème de la "menace judéo-bolchevique", prétendant que l'ensemble des dirigeants soviétiques, y compris Lénine et Staline, étaient Juifs. Coughlin accusa également les financiers juifs américains, principalement la société Kuhn-Loeb, à Wall Street, de collaboration avec les Bolcheviques dans leurs efforts d'éradication du christianisme en Russie. Proclamant publiquement qu'il n'était pas antisémite, Coughlin expliquait néanmoins que tous les maux de la société moderne étaient causés par une conspiration judéo-communiste.
Les efforts que firent les Juifs pendant les années 1930 pour forcer Coughlin à baisser le ton de sa rhétorique anti-juive ou pour le priver d'antenne, furent voués à l'échec en raison de sa popularité et du soutien qu'il recevait de l'évêque de Détroit. Coughlin continua à argumenter contre la participation américaine à la Seconde Guerre mondiale même après l'attaque japonaise contre Pearl Harbor. Ces arguments le conduisirent à sa perte. Lorsqu'un procès en sédition sembla se dessiner, l'évêque de Détroit donna l'ordre à Coughlin d'abandonner à la fois son émission et la politique.
Au sommet de sa popularité, Coughlin reçut plus de courrier que le président Roosevelt. En effet, un sondage d'opinion réalisé en 1938 montra que 25 pour cent des sondés soutenaient tout ou partie des idées de Coughlin. Coughlin fut de fait le plus en vue des activistes de droite américains pendant les années 1930, et son antisémitisme troubla profondément les communautés juives du pays.