Des souvenirs pénibles
Camp de Farchana, Est du Tchad
Lat: 13,598949 / Long: 21,795147

« Bienvenue à Farchana », indique la pancarte à l'entrée.
J'ai visité ce camp désolé et éloigné dans le désert en juillet 2007 pour me faire une première idée des difficultés auxquelles sont confrontés les réfugiés du Darfour dans l'est du Tchad et qui ont vécu plus de quatre ans dans un « no man's land ».
Ici, les enfants vivent entre l'ennui et le danger. Ils fabriquent des radios portatives et des figurines en mélangeant de l'eau et la terre rouge, ils chassent des lézards imaginaires avec des arcs en bois et ils évitent les Tchadiens qui les frappent – ou pire pour les filles – s'ils s'aventurent trop loin du camp lorsqu'ils vont chercher du bois à brûler.
Ils luttent également pour essayer d'oublier les événements dont ils ont été les témoins au Darfour.
Un jour, j'ai donné des crayons et du papier à une vingtaine d'écoliers dans l'une des trois petites écoles du camp. Je leur ai demandé de dessiner ce qu'ils voulaient – la vie dans le camp, au Darfour, etc. Quasiment tous ont dessiné l'attaque de leur village qui les a conduits à fuir ici. Bien qu'une frontière internationale mette une certaine distance par rapport au site du traumatisme, ils ne peuvent pas échapper aux souvenirs de leur enfance violentée.
Leurs dessins, à la fois durs et beaux, décrivent leur vie au Darfour et l'instant où tout a basculé avec des détails douloureux.
Jouant à leur jeu favori avec des amis à l'extérieur du marché chaque semaine. Travaillant la terre et plantant des cacahouètes avec leur père au petit matin. Aidant leur mère à préparer le dîner sur le feu.
Vrombissement des pales de l'hélicoptère et sifflement d'une bombe signalant le début d'une attaque. Une mère criant à ses enfants de courir se cacher dans les buissons à l'extérieur de la ville. Herbes en feu, flammes et fumée s'échappant d'un toit de chaume. Oncle abattu d'une balle dans le dos, amis et proches gisant inertes sur la route poussiéreuse sous les sabots des chameaux des Janjaweeds.
En dépit de ces événements traumatisants qui les ont forcés à quitter leurs villages, les écoliers ne cessaient de me demander quand ils pourraient rentrer chez eux. Je n'ai jamais pu leur donner une réponse dont je fus convaincu. « Peut-être lorsque les casques bleus viendront au Darfour » ou « lorsqu'un accord de paix sera signé », ai-je certainement pu dire. La signature d'un accord de paix est certainement la solution la plus complexe. Et si d'autres camps de réfugiés soudanais devaient donner l'exemple (le camp de Kakuma des réfugiés du sud du Soudan au Kenya existe depuis 17 ans), certains de ces jeunes écoliers pourraient bien un jour prendre la place de leurs enseignants à Farchana.
Posté par: Michael Graham | 16 mai 2008