Attaque d'Abu Suruj
Abu Suruj, Soudan
Lat: 13,841643 / Long: 22,392284

Les attaques d'Abu Suruj et des villages avoisinants Sirba et Silea le 8 février ont marqué le retour à la tactique brutale du gouvernement soudanais, dont la violence avait atteint son paroxysme en 2004 et 2005.
L'attaque d'Abu Suruj, village comptant plus de 18 000 habitants, a commencé tôt le matin, le jour du marché. Vers 8h du matin, des hélicoptères d'attaque du gouvernement ont commencé à survoler la zone, de même qu'un avion de type Antonov fabriquée en Russie. Une demi-heure plus tard, comme s'il s'agissait d'un feu vert, des soldats du gouvernement et des Janjaweeds sont arrivés en camion et à dos de chameau et ont commencé à tirer à vue sur quiconque croisait leur chemin, à brûler les habitations et à charger leurs véhicules du butin de leurs pillages. Les attaques de ces trois villages ont fait au moins 115 morts et 30 000 déplacés.
Les photos satellites commandées par l'American Association for the Advancement of Science montrent clairement la destruction et l'ampleur des incendies dans les trois villages. Observez les répercussions des attaques d'Abu Suruj, de Silea et de Sirba.
Le gouvernement soudanais prétend qu'il essayait simplement de lutter contre les rebelles et les bandits qui sévissent dans la région (dans ce cas, le Mouvement pour la justice et l'égalité). Il réfute, comme d'habitude, que les civils étaient visés.
Toutefois, après avoir interrogé des survivants, les enquêteurs des Nations unies content une tout autre histoire :
Pendant l'attaque [d'Abu Suruj], au moins 30 personnes auraient été tuées, notamment une femme, un handicapé mental, dix personnes âgées, dont une femme aveugle de 75 ans brûlée vive à l'intérieur de son habitation, et trois enfants, âgés de trois, huit et seize ans.
L'enfant de huit ans était une fillette handicapée qui ne pouvait pas marcher et qui, par conséquent, a succombé aux flammes dans son habitation. [Rapport des Nations unies, 20 mars]
Le rapport élaboré par Louise Arbour, Haut Commissaire aux droits de l'homme des Nations unies, affirme en des termes très éloquents que l'ampleur des destructions « laisse penser que les dégâts sont délibérés et font partie intégrante d'une stratégie militaire ». Le rapport accuse également les soldats soudanais de très nombreuses violences sexuelles contre des filles et des femmes pendant les attaques. Un porte-parole des autorités soudanaises a fustigé le rapport, arguant qu'il était sans fondement et que les soldats soudanais « n'ont jamais attaqué leur peuple ».
Une force conjointe de maintien de la paix des Nations unies et de l'Union africaine a finalement été déployée au Darfour. Toutefois, le gouvernement de Khartoum faisant tout ce qu'il peut pour entraver cette initiative et l'aide et l'équipement internationaux étant spartiates (le New York Times affirme que certains soldats ont même dû acheter leur propre peinture pour peindre leur casque vert en bleu, couleur des Nations unies), de nombreux observateurs pensent que c'est trop peu et trop tard. Ils craignent que cette initiative ne suffise pas pour juguler la vague de violence.
Bon nombre des déplacés récents ainsi que des centaines de milliers de personnes déplacées au Darfour au cours des quatre dernières années de violence, sont inaccessibles aux agences des Nations unies et aux organisations humanitaires, non seulement en raison de l'interférence du gouvernement mais également car les groupes de rebelles eux-mêmes détournent des véhicules et harcèlent les civils et les travailleurs humanitaires. Il n'y a pas d'anges au Darfour : tant l'armée soudanaise et les rebelles que le Mouvement pour la justice et l'égalité attisent le feu de la discorde.
Posté par: Michael Graham | 14 mai 2008