« Nous dormons sur des pierres »
Camp de Mugunga, République démocratique du Congo
Lat: -1,608 / Long: 29,141

Le son des bombes qui explosent se mêle au bruit du tonnerre qui a éclaté cet après-midi. Seuls les personnes qui vivent ou travaillent ici peuvent faire la différence entre les deux sons. Hier, les soldats du gouvernement ont repris Mushake [et ils la reperdront la semaine prochaine] à quelques kilomètres en amont de la route, et ils attaquent les positions de Nkunda au nord avec des hélicoptères d'attaque et des obus de mortier.
Aujourd'hui, Jerry et moi sommes venus au camp de Mugunga pour nous rendre compte par nous-mêmes comment survivent les populations déplacées à cause du conflit. En haut d'un champ de roche volcanique pentu se trouve une petite ville comptant des milliers de petites huttes fabriquées avec des feuilles de bananier. Elles sont petites car il fallait qu'elles tiennent sous les bâches de plastique orange de taille standard qui avaient été distribuées à chaque famille à leur arrivée l'année dernière.
Mais en novembre dernier, après une bataille qui s'était déroulée à proximité, les personnes déplacées se sont enfuies et l'armée congolaise (dont les soldats, lorsqu'ils sont payés, perçoivent 10 dollars par mois) a pillé le camp, dépouillant les habitants de leur nourriture et de la moindre bâche de plastique. Pour combler le tout, aucune distribution de nourriture n'a eu lieu depuis deux mois. Jeanette, une jeune femme de 24 ans du district de Masisi, est trempée avec sa famille ainsi le peu de biens qu'elle possède, chaque fois qu'il pleut. Elle est affamée et sa rage est à son comble.
Hier, les habitants du camp ont retenu en otage un employé des Nations unies pendant toute la journée, lui reprochant le manque de ressources. Les organisations humanitaires manquent de financement. Elles ne sont pas bien préparées pour affronter la dernière vague de combats et elles sont réticentes à distribuer de nouvelles bâches car elles craignent, à juste titre, que celles-ci ne fassent de nouveau l'objet de pillages dans un mois ou deux.
Mais si le tonnerre qui a éclaté pendant l'après-midi amène la pluie, comme c'est le cas quasiment chaque nuit pendant la saison humide, Jeanette et ses proches ne fermeront pas l'œil de la nuit, allongés dans une flaque au lieu de leur lit en carton. Des milliers de réfugiés dans le camp passeront la nuit à souffrir en silence et se réveilleront au matin pour une nouvelle journée d'incertitude.
Posté par: Michael Graham | 05 décembre 2007