« Ils ont enlevé mon petit-fils »
Kibumba, République démocratique du Congo
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Les armes de guerre les plus prisées dans le nord du Kivu ne sont pas les grenades ni même les missiles tirables à l'épaule. Ce sont les enfants. Ils sont trop jeunes pour contredire les ordres. Leurs mains ont la taille idéale pour manier les fusils d'assaut russes AK-47 (Kalashnikov). Ils sont enlevés à leurs écoles et leurs familles et enrôlés de force. Pour les empêcher de s'échapper, on les menace de sanctions ou on développe leur accoutumance aux drogues. Ils sont envoyés pour combattre sur les lignes de front, ou ils servent de porteurs et même d'esclaves sexuels.
Pendant notre visite du camp de déplacés de Kibumba aujourd'hui, à une quinzaine de kilomètres au sud de la ligne de front, nous avons croisé un vieil homme portant une couverture, des outils et un peu de nourriture. Il a fui les combats hier avec son petit-fils de 14 ans. Mais ce matin, l'armée congolaise les a encerclés et a forcé le jeune garçon à rejoindre ses rangs pour combattre les rebelles de Nkunda. Le grand-père n'a pas eu d'autre choix que de poursuivre son chemin jusqu'à Goma.
Le recours aux enfants soldats dans le nord du Kivu est courant depuis qu'a éclaté la première guerre en 1996. Toutefois, selon l'organisation Save the Children, la dernière vague de combats qui a éclaté en décembre se traduit par une nouvelle « situation catastrophique » pour les enfants. Les 7 000 enfants soldats qui avaient été démobilisés dans la région au cours des trois dernières années sont particulièrement exposés aux risques, selon le directeur national, Hussein Marsal :
Les enfants qui ont été précédemment arrachés aux groupes armés sont ceux qui présentent le plus de risques car les chefs de guerre recherchent des jeunes aguerris au combat puisque bon nombre d'entre eux ne retournent pas dans leurs familles et ne réintègrent pas la vie communautaire en raison du manque de ressources pour les prendre en charge et les scolariser.
La semaine dernière, à Bukavu, nous avons pu nous rendre compte combien il est difficile d'aider ces enfants à retrouver une vie normale après la guerre. Nous avons passé tout un après-midi dans un centre de démobilisation avec une vingtaine d'anciens enfants soldats, âgés entre 15 et 19 ans, et nous avons essayé de leur rappeler comment se comporter de nouveau comme des adolescents. Bon nombre d'entre eux venaient du nord du Kivu.
Les enfants arrivent au centre sans leurs armes et ils ont l'impression d'avoir été punis par leur chef. Les conseillers doivent dans un premier temps gagner leur confiance puis ils les aident à comprendre qu'ils ne sont pas responsables des atrocités qu'ils ont pu voir et qu'ils ont été forcés de commettre. Ce sont les adultes qui sont responsables. Pas eux. Ils apprennent à ne pas sortir un couteau à chaque fois qu'ils se disputent avec un autre enfant et ils apprennent à traiter les femmes et les filles avec respect.
Mais lorsque le programme de 3 à 6 mois est terminé, je ne sais pas ce qu'il adviendra d'eux. Avec un peu de chance, ils rejoindront leurs familles et pourront vivre normalement la fin de leur enfance. Mais avec la nouvelle vague de violence qui a éclaté, quelques-uns d'entre eux au moins vont se retrouver sur les champs de bataille dans le nord du Kivu, à essayer de tuer un ennemi avec qui ils ont peut-être joué aux cartes à Bukavu.
Vous voulez en savoir plus sur la vie d'un enfant soldat ? Nous vous recommandons le livre d'Ishmael Beah, intitulé « Le chemin parcouru ».
Posté par: Michael Graham | 06 décembre 2007