L'enfance détruite
Camp de Bulengo, République démocratique du Congo
Lat: -1,622 / Long: 29,126

Nous allons l'appeler Marianne. C'est une jolie petite fille de six ans, qui porte une robe bleu foncé et des chaussures en caoutchouc roses. Elle est assise aux côtés de son père pendant qu'il nous parle de ce qui lui est arrivé le mois dernier, avant que sa famille ne fuie vers le camp de Bulengo, à quelques kilomètres à l'est des combats sur la ligne de front. Marianne a les mains posées sur ses genoux et elle ne dit pas un mot.
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« Ma fille est revenue des buissons en pleurs. Lorsqu'elle est arrivée chez nous, elle ne pouvait plus marcher. »
Le docteur Loms, qui travaille avec les victimes de violences sexuelles à la clinique International Medical Corps, nous conduit dans une salle derrière le dispensaire du camp de Bulengo. Il veut nous faire écouter les histoires des femmes qui ont fuit les récents combats.
Lorsque nous entrons dans la salle, nous sommes choqués de voir une petite fille de six ans assise à côté de son père.
Elle a le même âge que la fille de Jerry, dont il a la photo dans son portefeuille.
Je mets en marche le dictaphone et Jerry demande au père de nous conter son histoire.
***
« Le 17 novembre dernier, Marianne s'occupait des chèvres dans les buissons lorsqu'est apparu un soldat de Nkunda, dont le camp est installé en haut de la montagne environnante.
Le soldat l'a appelée et l'a entraînée dans les buissons.
Il lui a demandé de se déshabiller complètement. Marianne a hurlé car elle était terrifiée. Le soldat a retiré son manteau et l'a placé sur sa tête.
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Ma fille est revenue des buissons en pleurs. Lorsqu'elle est arrivée chez nous, elle ne pouvait plus marcher.
Elle a raconté à sa mère ce qui s'était passé. Au début, elle a mis en doute ses propos car Marianne est si jeune. Mais après l'avoir examinée et avoir vu combien elle tremblait, elle l'a emmenée chez des proches et tous sont allés voir le capitaine en charge du camp des soldats.
***
Le capitaine a fait appeler cinq soldats qui étaient présents au camp ce jour-là mais Marianne n'a pas identifié son agresseur parmi eux. Il en a appelé d'autres et cette fois la fillette a désigné son violeur.
Il a admis les faits.
Le lendemain, la fillette a été présentée aux autorités du village afin qu'elles voient son état. Il lui a été demandé de montrer aux autres soldats ce qu'elle avait subi.
Les autres soldats ont battu à mort son agresseur.
***
La famille du soldat mort s'en est pris à notre famille, nous reprochant la mort de leur fils. Nous nous sommes enfuis avec nos six enfants et nous nous sommes réfugiés au camp.
La famille du soldat est toujours après nous. »
***
Dr Loms explique que lorsque la famille est arrivée au camp, le personnel médical a immédiatement placé Marianne sous traitement pour prévenir toute grossesse, infection par le virus du sida et toute autre maladie sexuellement transmissible. Ces derniers jours, elle est toujours fatiguée, ce qui est un effet secondaire de son traitement, qui est exacerbé par la faim. Avec une si grande famille, la petite quantité de farine qui lui est distribuée ne suffit pas pour nourrir tous ses membres. Par ailleurs, ils n'ont encore nulle part où vivre.
Le docteur a observé une amélioration de l'état mental et physique de la fillette. Elle est suivie par Heal Africa, une organisation congolaise qui vient en aide aux victimes de violences sexuelles.
A son arrivée au centre, la famille a rencontré une autre petite fille du même âge qui était traitée pour les mêmes sévices. La famille de cette fillette n'avait pas encore trouvé le responsable.
Posté par: Michael Graham | 02 décembre 2007