Goma sur la corde raide

Goma, République démocratique du Congo
Lat: -1,68401 / Long: 29,2252

Une femme au camp de Kibumba pour les populations déplacées au nord de Goma.
Une femme au camp de Kibumba pour les populations déplacées au nord de Goma.

Cet après-midi, Jerry et moi sommes descendus du bateau et avons posé les pieds dans une zone de conflits. Les collines du Rwanda à quelques kilomètres à l'est renvoient l'écho sourd de tirs d'artillerie.

Même l'étrange beauté du lac ou des montagnes ne peut masquer la dureté du paysage de Goma. En 2002, le volcan Nyiragongo est entré en éruption et a déversé sa lave à travers l'aéroport et le centre ville, jusqu'à atteindre le lac Kivu. La ville a été reconstruite sur la roche volcanique durcie et nous avions même parfois l'impression de nous déplacer sur la lune.

Cette semaine, le gouvernement congolais a lancé de vastes opérations militaires à 25 km environ en amont de la route contre un groupe de rebelles qui refuse de rendre les armes. Laurent Nkunda, chef des rebelles (Congrès national pour la défense du peuple, ou CNDP), prétend protéger les Tutsis dans l'est du Congo qui, selon lui, sont exposés à un risque de génocide. Bien que le sentiment anti-Tutsi, et plus globalement anti-rwandais, soit particulièrement fort ici, la réaction excessive de Nkunda risque de mettre le feu aux poudres :

Chaque offensive militaire [de Nkunda], avec tous les abus contre des civils innocents qui l'accompagnent, jette de l'huile sur le feu et exacerbe le sentiment anti-Tutsi… En réponse à la mort de moins de 20 Tutsis au cours des deux dernières années, Nkunda a lancé des offensives qui ont fait plus de 100 morts et entraîné des centaines de milliers de déplacés… Alors que Nkunda défend la minorité Tutsi au nord du Kivu, il est devenu un véritable danger pour la sécurité de la communauté dans son ensemble.

Extrait de Bringing Peace to North Kivu (Instaurer la paix au nord du Kivu), rapport de l'International Crisis Group publié le 31 octobre 2007.

La propre liste du CNDP recensant les violations des droits de l'homme démontre clairement que Nkunda est bien plus l'auteur de violences sur les faibles qu'un défenseur du peuple. Comme tous les autres groupes armés présents dans le nord du Kivu (y compris l'armée congolaise et les FDLR qui comptent parmi leurs membres d'anciens participants au génocide rwandais), le CNDP a infligé des sévices aux populations locales, notamment des violences sexuelles, des assassinats extrajudiciaires, la torture et le recrutement forcé d'enfants enlevés à leurs écoles et leurs familles pour les envoyer combattre sur les lignes de front.

Que l'armée puisse venir à bout ou non de Nkunda (mis à part les atrocités et les vols, l'armée congolaise est bien plus connue pour fuir des champs de bataille), les conséquences humanitaires des opérations du gouvernement seront dramatiques pour les populations vivant dans le nord du Kivu. Le conflit qui a éclaté l'an dernier a déjà entraîné plus de 370 000 déplacés dans cette région. Dans tout le nord du Kivu, ce chiffre s'élève à 800 000. Cette semaine, des dizaines de milliers de personnes vivant près des lignes de front devraient venir grossir les rangs des réfugiés à Goma, où les camps sont déjà saturés et où la malnutrition et les maladies arrachent à la vie les plus vulnérables.

Posté par: Michael Graham | 02 décembre 2007